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Diagnostic de la situation des jeunes dans un quartier d’immigration : enjeux, modes d’intervention et formation des travailleurs sociaux sur le fait religieux et la laïcité. La relation observée sur le terrain entre jeunesses issues de l’immigration et religion retient l’attention.

En effet, si l’on fait abstraction de l’écho médiatique, le retour du religieux tel qu’il s’exprime au quotidien peut être synonyme de crispations dans l’espace social. C’est le cas dans les structures accueillant des publics mineurs et jeunes majeurs migrants ou héritiers des vagues d’immigrations des 30 Glorieuses – MECS, club de prévention mais aussi lycées – où la question religieuse peut générer du conflit avec les équipes éducatives.

Ce conflit prend source, d’une part, dans des conceptions d’usagers trop souvent rigidifiées y compris par rapport aux textes mais également dans des représentations de professionnels peu formés à la question du religieux qui, parfois, prennent la forme du stéréotype négatif.

Dans ce contexte difficile, comment se positionner, y compris par rapport à ses propres conceptions, face à la question religieuse portée par les jeunes ? Dans quelle mesure ces situations interpellent elles les façons d’être et les façons de faire des travailleurs sociaux ?

Autant de questions sur un sujet qui, loin de se cantonner à la seule sphère éducative, tend à devenir un objet de préoccupation pour un État soucieux d’intervenir plus efficacement au moyen du travail social sur la prévention des dérives radicales.

À partir du discours des jeunes accueillis dans les structures, qui sera réintégré dans un module de formation, l’activité contribuera à l’élaboration de pratiques innovantes pour les professionnels :

 

  • Par la compréhension du discours religieux à travers le point de vue des usagers (règles morales, sens accordé aux rites, rapport hommes femmes, interdits alimentaires….), cette compréhension constituant un outil supplémentaire pour prévenir ou atténuer les situations de conflit en déconstruisant les représentations de chacun tout en favorisant la compréhension mutuelle.
  • À travers la formation délivrée par des experts (autorités religieuses, universitaires) pour mieux s’emparer d’une notion de laïcité pensée non comme un principe d’exclusion mais au contraire comme garantie d’expression religieuse et de respect.
  • Par la mise en place, à terme, d’un réseau transfrontalier de recherche et de formation sur « jeunesse et migrations ».
L’activité se déploiera en 3 temps (1. recueil de discours. 2. constitution d’un module de formation. 3 : mutualisation de l’expérience avec présentation du module en contexte transfrontalier) :

 

  1. Dans une perspective interactionniste, il s’agira en priorité d’interroger les jeunes de MECS, clubs de prévention et lycée toulousains sur la question du religieux à travers un certain nombre d’ateliers visant à faire émerger la parole sur cette thématique qui sera traitée sous plusieurs points – le dogme, rites et interdits, la question des signes religieux, les rapports hommes/femmes, les relations interreligieuses, l’actualité internationale…. – et à travers différents outils : théâtre- forum, groupes de parole, témoignages…(A noter qu’en lycée, ces ateliers peuvent être mis en place dans le cadre d’un stage éducateur spécialisé.). Dirigée par un formateur d’ERASME, formé à l’anthropologie du religieux et à l’approche interculturelle, une table ronde fera suite aux ateliers où il s’agira d’échanger entre jeunes et professionnels sur les points abordés. Premier bénéfice direct pour les équipes et les usagers des structures concernées par la création d’un espace de dialogue pour réfléchir et améliorer le vivre ensemble.
  2. Fixés sur support vidéo, les discours bruts recueillis dans les ateliers constitueront par la suite le noyau d’un module de formation pour les professionnels du social qui pourra être exploité en formation initiale (éducateurs spécialisés, moniteurs éducateurs…) ou continue. En donnant la parole aux usagers dans le cadre de la formation, il s’agira, pour les professionnels et futurs professionnels, de saisir les logiques et le sens donné à la pratique religieuse – l’idée connexe étant également d’apprendre par les usagers (voir charte du Power Us : http://powerus.se)
  3. Pour poursuivre le travail d’acquisition/déconstruction auprès des professionnels, un volet du module sera consacré, avec des imams, à l’analyse de leur fonction et de leurs interprétations des dogmes, des rites, des lois et des interdits. L’intervention d’universitaires sera aussi sollicitée sur la notion de laïcité à la française (historique, textes de lois, applications, débats et controverses…) appréhendée ici comme norme de conduite et point de départ réflexif à l’élaboration d’outils d’intervention. A terme, le module sera soumis à évaluation auprès des participants (pertinence de l’activité, qualité des interventions, effets sur les représentations, impact envisagé sur les pratiques)
  4. Enfin, il est prévu de diffuser les résultats de cette expérience innovante dans le cadre de 4 séminaires transfrontaliers regroupant chercheurs et intervenants sociaux français et catalans, l’objectif final étant de mettre en place un réseau de recherche et de formation transfrontalier sur « jeunesses et migrations ».

L’équipe dédiée à l’activité « Diagnostic de la situation des jeunes dans un quartier d’immigration »


 

  

 

Porteur d’activité : Carles SERRA – Université de Gérone

L’équipe activité : Carles SERRA (Université de Gérone), Olga PAVIA CERDAN (CRFMS ERASME), Slimane TOUHAMI (CRFMS ERASME), Imma QUINTANA (Consell Comarcal de l’Alt Empordà).